Accueil > Guides, analyses et prospectives > 13 ème avis du Comité de Suivi des Retraites : Encore et toujours mettre à (…)

13 ème avis du Comité de Suivi des Retraites : Encore et toujours mettre à contribution les retraités !

lundi 13 juillet 2026

◷ Lecture 7 min

Traditionnellement, les cinq experts du Comité de Suivi des Retraites (CSR) mis en place en 2014, fournissent un avis sur le rapport du Conseil d’Orientation des Retraites (COR) dans le mois qui suit la publication de ce rapport. L’avis 2026 diffère peu dans ses recommandations de celui émis en 2025. Il préconise une sous-indexation des pensions, la poursuite de la montée en charge de la réforme de 2023, et écarte toute augmentation des cotisations retraite.

Le 13ᵉ avis du Comité de Suivi des Retraites (CSR), publié le 11 juillet 2026, estime que le système de retraite français s’éloigne durablement de son objectif d’équilibre financier et appelle à des mesures correctrices. Selon le CSR, « la situation de notre système de retraite est préoccupante d’ici 2045 et alarmante à plus long terme ».

Les causes d’une situation critique :
Le CSR fonde son analyse sur le déséquilibre démographique lié à la baisse du taux de natalité. Il pondère l’effet correctif du solde migratoire par le fait qu’à âge et sexe donné, les immigrés auraient un taux d’emploi sensiblement plus faible que l’ensemble de la population.
Il pointe le déficit durable du régime général qui n’est pas équilibré et devrait perdurer tout au long de la décennie 2030.
Concernant les régimes de la fonction publique, le CSR souligne à raison que la limitation du nombre des fonctionnaires et le gel du point d’indice sont des mesures qui concourent au déséquilibre de ces régimes. Pour le CSR, dans l’état de la législation actuelle, la contribution d’équilibre au régime de la Fonction Publique d’État ne peut être comptabilisée comme un déficit du système des retraites (ce qu’avait tenté de faire François Bayrou en 2025).
Quant au déséquilibre de la CNRACL, le CSR néglige le recrutement massif de contractuels particulièrement dans la Fonction Publique Territoriale, cause importante du déséquilibre de la Caisse Nationale de Retraite des Agents des Collectivités Locales.
Le CSR estime que le gel de la réforme des retraites de 2023 génèrera un coût de 2 milliards d’euros en 2030. Mais la réforme du cumul emploi-retraite représente un gain de 2 milliards d’euros à la même date.

Les recommandations du CSR :
Elles diffèrent peu de celles formulées en 2025 :
L’enjeu est de trouver 6,8 milliards pour compenser le déficit du système des retraite estimé à ce niveau en 2030.
Le CSR propose de nouveau que la revalorisation des pensions soit sous-indexée de deux points de 2027 à 2030. Il argumente le bienfondé de cette mesure sur les points suivants :
 Le niveau de vie relatif des retraités est élevé en comparaison européenne.
 L’épargne des retraités progresse depuis 2019.
 La « forte épargne » des retraités limiterait l’effet récessif d’une sous-indexation des pensions.
Il exclut une augmentation des cotisations, le plafond cumulé des cotisations salariés et patronales ayant déjà atteint le plafond de 28 % fixé par décret en 2014.
Il recommande la poursuite de la réforme de 2023 à partir de 2028. Il justifie cette position en invoquant la hausse du taux d’emploi des seniors, qui est loin d’être démontrée. Il préconise l’augmentation de l’âge moyen de cessation d’activité comme levier prioritaire pour financer les retraites.

Améliorer le pilotage du système des retraites
Le CSR propose de réfléchir à des mécanismes automatiques d’ajustement, il évoque l’idée d’une « règle d’or » permettant d’adapter certains paramètres du système lorsque les comptes se dégradent fortement.

L’avis de l’UNSA Retraités :
Une sous-indexation de deux points de la revalorisation des pensions consiste, en considérant le niveau actuel de l’inflation, en un gel des pensions pour une durée d’au moins trois ans. Pire, dans l’esprit du Comité de Suivi des Retraites, une éventuelle indexation différenciée pour préserver les petites retraites « ne saurait pour des raisons juridiques et consubstantielles à un système de retraite contributif, constituer une option récurrente ou structurelle ».
Comprenez : dans l’esprit du CSR, ce sont toutes les retraites qui seraient sous-indexées et donc gelées pour trois ans, et cela alors qu’en 10 ans le taux de retraités sous le seuil de pauvreté est passé de 8 à 11 % ! L’alignement par le bas du niveau de vie des retraités pour converger vers les moyennes européennes est pour nous inacceptable. Avec la FERPA, nous militons à l’inverse pour une définition européenne de minima de pension garantissant un niveau de vie digne.
Rappelons que selon le COR, en 10 ans, les retraités anciens cadres du privé ont perdu 8 % de pouvoir d’achat, les non-cadres, 5 %.
Rappelons que de 2022 à 2023, le revenu disponible d’un ménage de retraités est passé de 2755 € à 2641 €, soit une baisse de 4,13 %.
Rappelons que si depuis 2019, l’épargne des retraités a augmenté, c’est :
 Parce qu’ils constatent la baisse de leur revenu de remplacement d’une année sur l’autre,
 Parce qu’ils perdent confiance dans la stabilité du système des retraites,
 Parce que le risque de perte d’autonomie n’est pas suffisamment assuré par la protection sociale et qu’ils ne veulent pas faire financer leur éventuelle dépendance par leurs enfants.
Pour les retraités, il faut maintenir les règles de revalorisation des pensions telles que définies par le Code de la Sécurité sociale et mettre à contribution, de façon plus progressive, les rentes et ressources issues du patrimoine.

Le relèvement de l’âge d’ouverture des droits, du nombre de trimestres pour obtenir un taux plein n’auraient de sens que dans une société où l’usure au travail serait compensée par une adaptation des fins de carrière respectueuse de la santé et du bien-être des salariés, dans une société où l’employeur ne se débarrasse pas des salariés âgés, réputés moins performants.
Si le taux de salariés liquidant leur pension avec une décote est passé de 8% à 14% en 10 ans, c’est parce que les règles de décote se sont durcies, mais aussi parce que le travail use beaucoup en fin de carrière, ce qui conduit les salariés à préférer liquider leurs droits assez tôt plutôt que de poursuivre leur activité dans l’espoir d’une pension plus confortable. C’est aussi parce que l’employeur les pousse vers la sortie !

Si l’on peut partager une préoccupation avec le Comité de Suivi des Retraites, c’est bien la nécessité de réduire le déficit du régime général, mais là où nous divergeons, c’est sur les leviers à mobiliser.
On peut admettre que la règle d’un taux de cotisation à 28 % soit intangible, encore qu’un décret puisse modifier un décret antérieur.
Mais il n’est pas interdit de faire contribuer aux cotisations retraites des éléments de rémunération qui en sont aujourd’hui exclus : heures supplémentaires, primes, intéressement… Alors qu’il fut un temps où la protection sociale était financée à 60 % par les employeurs, elle est aujourd’hui majoritairement financée par les ménages.
Autre piste : l’égalité salariale hommes femmes. La directive européenne relative à la transparence salariale ouvre enfin des leviers concrets pour gagner l’égalité femmes/homme au travail. Elle donne de nouveaux droits à l’information, ouvre la comparaison des métiers entre eux et inverse la charge de la preuve en cas de discrimination. Si l’on s’engageait dans cette voie, la revalorisation des salaires des femmes entraînerait mécaniquement des rentrées de cotisations substantielles.
Enfin, puisque l’une des missions du Comité de Suivi des Retraites est de veiller aux règles d’équité, une réforme de la CSG pour la rendre plus progressive remettrait plus de justice dans notre système, qu’il s’agisse des actifs ou des retraités.

En conclusion, les recommandations du Comité de Suivi des Retraites proposent d’accroître la mise à contribution des retraités, sans distinction aucune de leur niveau de vie, de durcir les règles de départ à la retraite des actifs. Elles oublient de solliciter le patronat et les entreprises, qui pourtant versent des dividendes substantiels à leurs actionnaires.
La défense de notre modèle social est à l’ordre du jour, mais il ne faut pas trop compter sur les préconisations des experts du CSR pour le faire évoluer dans le sens de plus de justice. A nous de faire entendre notre voix !

Pour aller au fond des choses...

13 ème avis du Comité de Suivi des Retraites