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Les aides aux entreprises ou la nouvelle version du tonneau des Danaïdes
lundi 19 octobre 2026
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Si l’on en croit le MEDEF, les entreprises françaises croulent sous une pression fiscale excessive et les aides qui leur sont consenties peineraient à compenser la lourdeur des « charges » qui leurs ont imposées. Un document annexé au Projet de Loi de Finances 2027 permet d’en situer le niveau. Il est d’autant plus intéressant qu’il est produit par les services de Bercy. Il permet une édifiante comparaison avec la fiscalité des autres pays de l’Union européenne. Et les affirmations du MEDEF, souvent reprises par les parlementaires libéraux, à commencer par le rapporteur général de la commission des finances de l’Assemblée Nationale, se trouvent remises en cause.
Quel est le montant des aides publiques aux entreprises ?
Selon les périmètres retenus, les rapports disponibles donnent des résultats différents.
La commission d’enquête du Sénat de juin 2025 estimait les aides accordées à 211 milliards d’euros pour l’année 2023.
Le Haut Commissariat à la stratégie et au plan les évaluait à 187 milliards d’ euros pour la même année.
Les services du Ministère des finances les estiment à 162 milliards d’euros pour 2024.
Quelle part du PIB représentent ces dépenses publiques ?
En les estimant comprises entre 170 et 200 milliards, ces aides représentent 5,7 et 6,7 points de PIB. Pour comparaison, la part nette du PIB consacrée au paiement des retraites (qui font vivre 26% de la population) s’élève à 13,2 points de PIB (Rapport du COR 2026), une fois déduites les sommes payées par les retraités eux-mêmes (CSG, CRDS, CASA...).
Quelle part du PIB pèsent les prélèvements obligatoires acquittés par les entreprises ?
Les prélèvements obligatoires, cotisations sociales employeurs, impôts à la production et impôts sur les sociétés, représentent l’équivalent de 15,8% du PIB contre 12,3% pour la moyenne de la zone euro.
Effectivement, comparées à la moyenne de la zone euro, les entreprises françaises supportent des prélèvements supérieurs de 3,5 points de PIB .
Mais un solde qui leur est bénéficiaire :
En recevant des aides correspondant à entre 5,7 et 6,7 points de PIB (et on se situe dans la fourchette basse) les entreprises compensent largement les 3,5 points de PIB supérieurs à la moyenne européenne. Les aides nettes des prélèvements leur rapportent l’équivalent de 2 à 3 points de PIB.
Alors que le MEDEF ne cesse de dénoncer les dépenses publiques, ses affidés bénéficient d’une aide nette prélevée sur les impôts communs de l’ordre de 60 à 90 milliards d’euros ! Les plus assistés ne sont pas ce que l’on pense.
Que pèsent les exonérations de cotisations sociales dans le total de ces aides ?
C’est la part la plus conséquente puisqu’elle correspond à environ 40% du total des aides.
Rappelons-le, les cotisations sociales, que le patronat s’obstine à décrire comme des « charges », sont une part du salaire des travailleurs. Comme l’explique l’économiste Anne-Laure Delatte, « nous payons des impôts qui ne vont pas financer nos écoles et nos services publics, mais acquittent les cotisations sociales des entreprises à leur place ».
Service de la dette versus exonérations de cotisations patronales, qui pèse le plus ?
En 2026, les intérêts de la dette coûtent aux finances publiques 79,2 milliards d’euros. C’est beaucoup, mais moins que les sommes absorbées par les exonérations de cotisations : 88,4 milliards d’euros.
Pour les seules exonérations des cotisations sociales des patrons, l’État dépense l’équivalent de 20% du budget consacré au financement des retraites qui, elles, font vivre 18 millions de nos concitoyens !
Et cela ne permet ni de réduire le chômage, ni de relancer la croissance, ni de répondre aux grands enjeux de notre temps en matière de transition énergétique, d’adaptation du parc immobilier... Seulement de distribuer de confortables dividendes aux actionnaires. Et dans ce registre, la France est championne d’Europe !
Bien au contraire, ce financement se fait au détriment des services publics et de l’intérêt des populations. Ce détournement de la Loi Veil, qui prévoyait la compensation à l’euro près des exonérations des cotisations employeurs pour protéger les entreprises de le concurrence mondiale, est devenu un droit de tirage sur nos impôts.
Pour l’UNSA, comme pour l’UNSA Retraités, il y a urgence à mettre de l’ordre dans ce dispositif d’aide aux entreprises qui fonctionne à l’aveugle. Il faut conditionner les exonérations de cotisations patronales à des engagements réels en matière d’emploi et de salaires et redéployer significativement une part des crédits qui leur sont alloués.
