Accueil > Actualité > Les anciens agents de l’Etat ne sont pas des boucs émissaires !
Les anciens agents de l’Etat ne sont pas des boucs émissaires !
lundi 26 octobre 2026
◷ Lecture 6 min
Les retraités de la Fonction Publique d’État, dans un contexte budgétaire tendu, sont accusés de peser trop lourd sur les budgets de la Nation. Cette présentation biaisée, utilisée en son temps par François Bayrou, vient d’être mise au goût du jour par David Amiel, ministre des comptes publics, en annexant un rapport à charge contre les anciens agents de l’État au Projet de Loi de Finances 2027.
De quoi provoquer, à raison, la colère des fonctionnaires retraités !
Retraites ou pensions, ce n’est pas la même chose !
Cette forme de présentation fait litière du statut de la Fonction Publique et de la notion de traitement continué. Une pension civile de l’État n’a pas le même statut qu’une retraite du régime général. Un fonctionnaire peut voir sa pension réduite au moment de la liquidation de ses droits, à titre de sanction. (Jusqu’en 2004, il existait même, en cas de faute grave, un risque de révocation avec suspension des droits à pension). Ce type de sanction n’existe pas pour les retraites du régime général qui sont inaliénables.
La pension civile, comme la pension militaire, garantit à l’agent public, dès son recrutement, un traitement lui assurant une vie digne, pendant son activité au service de l’État, et après la radiation des cadres actifs, une pension qui lui garantit les mêmes conditions de vie dignes. C’est la contrepartie du service rendu à la puissance publique.
La présentation comptable qui nous est servie actuellement semble ignorer cet engagement contractuel qui lie l’État à son agent. En recrutant par exemple un fonctionnaire en 1970, l’État s’est engagé à lui verser un traitement (pas un salaire) et une pension civile ou militaire (pas une retraite ) jusqu’à la fin de son existence. Cet engagement peut donc dans ce cas courir jusqu’à 2035 ou au-delà !
Nous connaissons, au-delà du vieillissement de la population, les causes spécifiques à la réduction de la masse des cotisations prélevées sur le corps des fonctionnaires d’État : suppression d’emplois publics, gel du point d’indice et donc des cotisations, recrutement massif de contractuels qui ne cotisent pas aux retraites de l’État mais au régime général et à l’Ircantec.
Cette mise en cause des anciens agents publics relève de l’âgisme et suscite la colère des intéressés !
Nous publions le communiqué de l’UNSa justice, qui illustre bien cette colère :
Paris le 26 octobre 2026,
Les retraités ne sont pas responsables du manque de moyens de la Justice !
« On ne peut pas remercier les agents publics pour une vie de service et leur reprocher ensuite le coût de leur retraite. »
À l’heure où les finances publiques font l’objet de débats toujours plus vifs, certains discours tendent à présenter les pensions des fonctionnaires comme un poids qui empêcherait les ministères de fonctionner, d’investir et de se moderniser. L’UNSa Services Judiciaires refuse cette présentation réductrice qui pourrait conduire à désigner les retraités comme responsables des difficultés budgétaires de l’État. Les retraités ne sont pas une variable d’ajustement budgétaire !
Avant d’être retraités, ces femmes et ces hommes ont été des agents publics. Pendant des décennies, ils ont assuré le fonctionnement des juridictions, accompagné les évolutions de l’institution judiciaire, subi ses réorganisations successives et souvent compensé, par leur engagement professionnel, l’insuffisance des moyens qui leur étaient accordés. Ils ont consacré leur carrière au service de la Justice et de nos concitoyens. Leurs pensions ne sont ni un privilège ni une faveur accordée par l’État. Elles correspondent à des droits acquis, à des règles statutaires et à des engagements que la puissance publique doit respecter. Reconnaître le coût des pensions ne signifie pas en faire porter la responsabilité aux retraités.
L’UNSa Services Judiciaires ne nie pas la réalité des contraintes budgétaires. Le financement des pensions représente une dépense importante pour l’État, qui doit être intégrée avec sérieux et transparence dans les choix de finances publiques. Mais il serait profondément injuste de laisser entendre que les pensions versées aux anciens agents expliqueraient, à elles seules, les difficultés de fonctionnement ou le retard de modernisation des ministères. Les choix d’investissement, les politiques de recrutement, l’organisation des services, les priorités gouvernementales et les moyens alloués aux administrations relèvent de décisions politiques et budgétaires qui ne sauraient être imputées aux retraités. Opposer les pensions aux moyens nécessaires à la Justice constitue une impasse.
Ne laissons pas opposer les générations !
L’UNSa Services Judiciaires refuse toute tentative d’opposition entre les personnels en activité et leurs collègues retraités. Les agents qui exercent aujourd’hui dans les juridictions seront les retraités de demain. Et les retraités d’aujourd’hui ont connu, avant eux, les mêmes exigences de service public, les mêmes difficultés de fonctionnement et parfois les mêmes situations d’épuisement professionnel. Il n’existe pas deux catégories de personnels dont les intérêts devraient être mis en concurrence.
Défendre les conditions de travail des actifs et défendre les droits des retraités relèvent d’une même exigence : la reconnaissance de l’engagement des femmes et des hommes qui consacrent leur vie professionnelle au service public. Nos collègues retraités demeurent pleinement membres de notre communauté professionnelle et syndicale. Leur expérience, leur engagement et leur fidélité à nos valeurs constituent une richesse que notre organisation entend préserver et défendre.
La Justice manque de moyens. Ce n’est pas la faute de ses retraités ! Alors que l’UNSa Services Judiciaires appelle à une mobilisation nationale le 5 novembre prochain pour dénoncer la dégradation des conditions de travail dans les juridictions, nous refusons que le débat sur les moyens de la Justice soit détourné vers une mise en accusation de celles et ceux qui l’ont servie. Les sous-effectifs, la surcharge de travail, l’épuisement des personnels et les difficultés quotidiennes rencontrées dans les juridictions exigent des réponses concrètes, des recrutements et des investissements à la hauteur des missions confiées au service public de la Justice. Ces revendications ne s’opposent en rien à la nécessité de garantir aux anciens agents des pensions dignes et le respect de leurs droits.
La Justice a besoin de moyens pour fonctionner aujourd’hui. Elle a aussi le devoir de reconnaître celles et ceux qui l’ont fait fonctionner hier. L’UNSa Services Judiciaires restera vigilante face à tout discours, médiatique ou politique, qui contribuerait à opposer les générations ou à faire des retraités les responsables désignés des difficultés budgétaires de l’État. Notre combat est commun : défendre les personnels, reconnaître leur engagement tout au long de leur carrière et obtenir les moyens indispensables à un service public de la Justice digne de ce nom.
Les retraités d’aujourd’hui ont fait tenir la Justice hier. Les actifs la font tenir aujourd’hui. Nous leur devons à tous la même reconnaissance.
UNSa Services Judiciaires
« Défendre ceux qui font tenir la Justice et ceux qui l’ont fait tenir hier. »
