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Panorama DREES Retraités et retraites 2026

mercredi 14 octobre 2026

◷ Lecture 7 min

La diffusion du Panorama retraités et retraites connaît depuis plusieurs années une date de diffusion très variable, soumise à des aléas dont nous avons du mal à saisir la cause.
Cette année, l’enquête a été rendue publique le 14 octobre, au lendemain de l’ouverture du débat sur le budget, et pile-poil, le jour de la négociation Agirc-Arrco.
Ceux qui souhaitaient, et nous en sommes, disposer de données réactualisées pour pouvoir défendre nos dossier et notre point de vue sérieusement, devront mettre les bouchées doubles pour analyser le document...
D’autres, peut-être mieux en cours que nous auprès de la DREES, disposaient déjà d’information... Ils ne se privent pas de se livrer au « cherry picking » cette manière de sélectionner les informations qui servent leur argumentaire.
Avant de vous livrer une analyse détaillée, nous apportons quelques données rafraîchies qui peuvent être utiles pour mieux appréhender la situation des retraités.

Les données fournies par la DREES sont en général datées de la fin 2024 pour l’édition 2026. Il s’est passé pas mal de choses depuis, mais l’INSEE prend le temps de l’analyse et nous devons faire avec ce décalage temporel.

Combien de retraités ?

Fin 2024, 17,3 millions de personnes sont retraitées de droit direct des régimes français,soit une augmentation de 0,9 % par an en moyenne depuis 2020. 14,7 millions de retraités de droit direct reçoivent une pension de base du régime général – qui inclut les travailleurs indépendants depuis 2020 – et 12,8 millions une pension du régime complémentaire Agirc-Arrco. Un peu plus d’un quart des retraités sont des poly-pensionnés.
Les nouveaux retraités
Tous régimes confondus, 718 000 assurés nouveaux retraités ont liquidé leur retraite en 2024. Ce nombre recule de 6,7 % par rapport à 2023, en lien avec le relèvement de l’âge minimum légal d’ouverture des droits (AOD) induit par la réforme Borne.

Les pensions de réversion :
Fin 2024, tous régimes confondus, 4,4 millions de personnes sont titulaires d’une pension de réversion. Pour 886 000 d’entre elles, soit 20%, la pension de droit dérivé constitue l’unique pension de retraite à cette date. Les femmes, plus souvent veuves, représentent 87 % des bénéficiaires.

Le niveau des pensions :
Fin 2024, la pension mensuelle moyenne de droit direct des retraités s’élève à 1 752 euros bruts, soit 1 626 euros nets des prélèvements sociaux. Le montant moyen de la pension de retraite de 2024 est globalement stable depuis 2020, qu’il soit brut (+0,1 % en euros constants) ou net (-0,1 %). Cette stabilité s’explique par la
succession, depuis 2020, de revalorisations généralement inférieures à l’inflation, en dépit de la forte augmentation des pensions de base en 2024 (+5,3 %) et du net ralentissement des prix ( +1,3 % en 2024, après +3,7 % en 2023).
Mais sur le long terme, les pensions s’érodent :
Entre 2000 et 2025, sur 25 ans de retraite, la pension nette d’un salarié non cadre a baissé de 4,4% en euros constants, sur la même période celle d’un cadre a baissé de 7,7%.

Des écarts persistants entre la pension des femmes et celle des hommes :
La pension moyenne brute des femmes s’élève à 1383 € soit 3.4 % de plus que le seuil de pauvreté.Elle est inférieure de 37% à celle des hommes (soit 1 383 € contre 2 186 € pour les hommes). Même s’il se réduit cet écart demeure important. Et même en incluant l’éventuelle pension de réversion, qui concerne plus souvent les femmes, l’écart se maintient à 25 % en 2024 (soit 1 668 € pour les femmes contre 2 216 € pour les hommes).

Des nouveaux retraités toujours à la peine par rapport à la pension moyenne :
Les nouveaux retraités (primo-liquidants en langage techno) perçoivent une pension brute moyenne de 1637 €, soit 1506 € nets soit 7,5% de moins que la pension moyenne des retraités et cette tendance est constante depuis dix ans. Elle est le fruit de réformes des retraites de plus en plus dures.
Résultat : Comparée au SMIC de décembre 2024, la pension moyenne des nouveaux retraités dépasse le salaire minimum de seulement 5.6%.

Le niveau de vie des retraités :
En 2023, le niveau de vie médian des retraités est équivalent à celui de l’ensemble de la population. Le montant de leur pension est en moyenne moins élevé que les revenus des actifs, mais cela est contrebalancé par le fait qu’ils ont plus rarement des enfants à charge.
Le niveau de vie moyen des retraités est de 2550 € pour les retraités contre 2470 € pour l’ensemble de la population.
Le niveau de vie médian* des retraités est de 2170 € pour les retraités contre 2150 € pour l’ensemble de la population.
*(La moitié dispose de plus de cette somme, l’autre moitié de moins)
Curieusement, la DREES ne fait pas de comparaison avec le revenu des actifs, dommage !
En 2023, le taux de pauvreté chez les retraités est de 10.1% contre 15.4% pour l’ensemble de la population, mais de 8,3% chez les actifs en emploi, et de 6,6% chez les salariés.

L’âge de départ à la retraite :
Fin 2024, l’âge moyen conjoncturel de départ à la retraite s’élève à 62 ans et 11 mois pour les retraités de droit direct résidant en France. Il est en augmentation de 2 ans et 5 mois depuis 2010. Entre les générations nées en 1949 et en 1963, la proportion de personnes déjà retraitées à 61 ans a baissé de 57 points, passant
de 76 % à 19 %.
Les femmes partent en moyenne 9 mois après les hommes : 63 ans et 3 mois pour les premières et 62 ans et 7 mois pour les seconds.
On part à la retraite de plus en plus tard les femmes plus que les hommes, car elles sont plus nombreuses à partir à 67 ans pour bénéficier du minimum contributif.

Les minima de pension
Fin 2020, 37 % des retraités de droit direct résidant en France bénéficient d’un minimum de pension. Au régime général, une pension sur six environ (17 %) liquidée en 2024 est portée au minimum contributif .Entre 2023 et 2024, la part des nouvelles pensions portées au minimum garanti reste stable dans la fonction publique de l’État (FPE) civils (à hauteur de 4 %) et diminue légèrement à la CNRACL (25 % puis 24 %).
Dans les fonctions publiques territoriale et hospitalière un quart des retraités ont liquidé leur droit à pension au titre du Minimum garanti.

Le minimum vieillesse
Plus d’un titulaire d’une allocation du minimum vieillesse sur deux est une femme seule. Les femmes allocataires sont, par ailleurs, plus âgées en moyenne que les hommes.
Fin 2024, 754 460 personnes perçoivent l’allocation supplémentaire du minimum vieillesse (ASV) ou l’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa), soit 4,3 % de plus que fin 2023. Le nombre de nouveaux allocataires augmente légèrement en 2024 (+0,8 %) pour atteindre 70 660.
14 % des bénéficiaires de l’allocation de solidarité vieillesse (ASV) ou de l’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa), soit 105 600 personnes ne disposent d’aucun droit propre à la retraite.

En conclusion (très provisoire)
Un tableau loin d’être idyllique : Une pension moyenne supérieure à peine au SMIC de 14%, et pour les nouveaux retraités de seulement 5,6% au-dessus du SMIC.
Pour les femmes, c’est au seuil de pauvreté qu’il faut comparer la pension brute.
Des départs à la retraite de plus en plus tardifs, et un âge de départ plus élevé de 9 mois pour les femmes que pour les hommes.
Une érosion des pensions tout au long de la vie des retraités.
Un nombre de bénéficiaires de l’ASPA qui augmente sensiblement
Et des femmes plus nombreuses à bénéficier du Minimum Contributif que les hommes.
En clair, des pensions qui régressent au fil du temps, malgré l’augmentation conjoncturelle de 2024, dont on nous rebat les oreilles : cette année-là les pensions ont plus progressé que les salaires, oui, mais ce fut la seule !
Des inégalités de genre qui perdurent.
Et une baisse du pouvoir d’achat importante qui se profile pour 2027.
Résolument, s’il faut partager les efforts pour redresser les comptes publics, les retraités ont déjà pris leur part, à l’inverse d’autres, grandes fortunes, grandes entreprises, dont la contribution à l’effort commun est bien moindre.
Sauf que pour M. Roland Lescure, il s’agirait plutôt de prendre au mot (et au sérieux) l’adage d’Alphonse Allais : « Il faut prendre l’argent là où il se trouve : chez les pauvres. D’accord, ils n’en ont pas beaucoup, mais ils sont si nombreux ! » Remplacez « pauvres » par retraités et vous disposez du principe directeur du PLFSS 2027 !

Pour en savoir plus : Le Panorama Retraités et retraites 2027