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Démographie, retraites et âgisme

dimanche 17 mai 2026

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L’argent public est rare, la crise s’inscrit dans la durée ! Et par temps de crise, il est bon de trouver des boucs émissaires. Une fois de plus, les retraités, et leurs pensions réputées si généreuses, sont affectés à ce rôle.
La critique s’opère sur fond d’âgisme et d’exacerbation des conflits entre générations.
On vous dit ce qu’on en pense !

En ces temps de disette d’argent public, les arguments relevant de l’âgisme, stigmatisant des retraites trop généreuses, dévoreuses d’argent public, refont surface régulièrement.
L’ancien ministre de l’Économie Éric Lombard a été le premier ce printemps à dénoncer un système de protection sociale « inéquitable » et à qualifier de « honte » le fait de faire porter le poids de la dette et des retraites des « boomers » sur les épaules de la jeunesse française.
Dans le même registre, quelques semaines plus tard, le journaliste Hadrien Mathoux, déjà coutumier de l’argumentaire, dénonçait dans les colonnes de l’hebdomadaire Marianne, le fait que « la nation [ait] choisi d’offrir à la génération du baby-boom les retraites les plus longues et les plus généreuses de l’Histoire » et ce, au détriment des politiques de soutien à la famille et à la natalité.
Hadrien Mathoux lorgne sans surprise vers le modèle Allemand qui consacre cinq semaine de moins par salarié pour le financement des retraites, mais qui laisse 15 % de ses retraités sous le seuil de pauvreté. Appliquée à notre pays, cette politique conduirait à faire passer sous le seuil de pauvreté 2,7 millions de retraités contre 2 millions aujourd’hui ! La voie du progrès social !

Rappelons que ces retraites si généreuses garantissent en moyenne aux femmes retraitées une pension supérieure de 18 euros au seuil de pauvreté. Qu’elles assurent aux nouveaux retraités une pension moyenne voisine du SMIC.
Rappelons également que deux millions de retraités vivent sous le seuil de pauvreté et que le pourcentage de retraités pauvres est passé en 10 ans de 8 % à 11 %.
Rappelons aussi qu’entre 2015 et 2025, les actionnaires ont vu leurs rentes croître de 114,5 %. Sur la même période, les pensions de base ont progressé de 16 % en euros courants, de beaucoup moins si l’on tient compte de l’inflation.

Si le financement des retraites pose problème dans notre pays, c’est aussi parce qu’à force d’exonérations excessives, la protection sociale n’est plus financée correctement. Ce sont les familles qui contribuent désormais majoritairement au financement de la protection sociale, alors qu’il était assuré voici 30 ans à 60 % par les employeurs.

Nous vivons dans une société où la richesse s’accumule à un pôle, et de façon irrationnelle, quand une large partie de la classe moyenne se paupérise, et quand les plus modestes, y compris les retraités pauvres, en sont réduits à survivre. Nous invitons messieurs Mathoux, Lombard et quelques autres à faire un crochet par notre Baromètre UNSA des retraités, pour mieux percevoir les conditions d’existence des retraités disposant de moins de 1400 € de pension. Et contrairement à eux, nous n’opposons pas précarité des jeunes et précarités des seniors.

Nous savons qu’aujourd’hui la richesse qui s’échange chaque année à travers les successions de patrimoine dépasse le budget consacré au financement des retraites.
Nous savons que les sommes d’argent qui vont changer de main par le biais de l’héritage dans la décennie à venir sont estimées à 9000 milliards d’euros. Cette fortune se concentrera sur une part réduite de la population. 9000 milliards d’euros, c’est trois fois la dette du pays. Taxer ce pactole d’un tiers apurerait par magie les comptes publics.

Alors, au lieu d’accrocher une cible dans le dos des retraités, y compris les plus modestes, et d’éveiller contre eux la vindicte populaire, au lieu de tenter de faire naître une génération spontanée de « Nicolas qui paient », nos journalistes seraient bien inspirés de changer de registre. Mais surtout nos politiques pourraient songer à mettre sur les rails une vraie politique de justice fiscale qui s’applique aux revenus du capital comme aux successions, à l’ensemble de l’argent que l’on reçoit pour autre chose que la rémunération de son travail qu’il s’agisse du salaire des actifs ou des pensions des retraités. Cet argent que, comme on dit dans les classes populaires, « on n’a pas sué pour le gagner »  !