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Actionnaires du CAC 40, la valse des dividendes !

jeudi 5 mars 2026

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Si l’on écoute M. Patrick Martin, président du MEDEF, les grandes entreprises françaises seraient prises à la gorge par la surtaxe sur les bénéfices qui devrait rapporter environ 7 milliards d’euros au budget de l’État. Pourtant, les entreprises du CAC 40 auraient distribué 107 milliards d’euros à leurs actionnaires pour l’exercice 2025.
Pour leurs actionnaires, ça ne va pas si mal ! Explications :

Selon la « Lettre Vernimmem », publication financière spécialisée, citée par le magazine Alternatives économiques de mars 2026, les entreprises du CAC 40 auraient distribué à leurs actionnaires 107,6 milliards d’euros sous forme de dividendes ou de rachats d’actions.
Au-delà du focus sur ce résultat de l’exercice 2025, il est intéressant d’observer la progression de la masse de capitaux distribués depuis une décennie.
Elle est sont passée de 50,2 milliards en 2015 à 107,6 milliards en 2025 soit une progression de 114,5 % !

Entre 2024 et 2025, le montant des dividendes et rachats d’actions a progressé de 9,8 %.
A l’évidence, quoique laisse entendre le président du MEDEF, tout ne va pas si mal pour ces actionnaires, même si certains sont parfois moins chanceux, comme les petits actionnaires d’ATOS, qui paient de leur poche la restructuration de l’entreprise.
A ce jeu-là, ce sont souvent les petits qui perdent.

Cette évolution des revenus du capital est une tendance lourde. La part de profit des entreprises du CAC 40 reversée aux actionnaires sous forme de dividendes ou de rachats d’actions est passée de 60 % à la fin des années 2010 à 71 % en 2025. Cette progression est largement favorisée par l’utilisation du rachat d’actions.

Qu’est-ce que le rachat d’actions ?
Une entreprise cotée en Bourse peut racheter ses propres actions. Cela lui permet, en réduisant leur nombre, d’augmenter la valeur de chaque action, d’en consolider le cours et de servir des dividendes plus importants aux actionnaires.
C’est un moyen de redistribuer des capitaux aux actionnaires par un autre moyen que les dividendes et c’est un processus qui favorise la spéculation boursière.
Alors qu’il était marginal en 2015, il est représente en 2025 environ le tiers de la distribution des capitaux aux actionnaires du CAC 40.

Pourquoi on en parle ?
En 2024, les pensions de base avaient progressé de 5,3 % au titre du rattrapage du pic inflationniste des années précédentes. Les milieux économiques et le MEDEF n’avaient eu de cesse de dénoncer le coût prohibitif de cette mesure. Pensez, 14 milliards d’euros (distribués à 17 millions de retraités, ça pondère la donnée !).
Cela nous avait valu quelques solides attaques stigmatisant les « boomers » coupables d’amoralité et d’indifférence aux autres. Cela nous avait valu l’apparition de « Nicolas qui paie... », mème ultralibéral sévissant sur les réseaux sociaux.
Eh bien ! cette année-là, les « Nicolas qui encaissent » du CAC 40 ont engrangé 97,9 milliards soit 7 fois plus que les 14 milliards affectés aux retraités.
Entre 2015 et 2025, on l’a vu, les actionnaires ont vu leurs rentes croître de 114,5 %.
Sur la même période, les pensions de base ont progressé de 16% en euros courant, de beaucoup moins si l’on tient compte de l’inflation.
Alors certes, comparaison n’est pas raison, mais cessons de stigmatiser les retraités...

Les actionnaires du CAC 40 doivent, eux aussi, contribuer au redressement des comptes publics.
La mise à contribution des profits des grandes entreprises à hauteur de 7 milliards d’euros, représente un effort correspondant à 6,5 % des bénéfices servis aux actionnaires... Cela semble plus que soutenable.
La santé florissante attestée par cette redistribution de dividendes et de rachats d’actions questionne sur la pertinence économique de certaines aides allouées aux entreprises du CAC 40, qu’il s’agisse d’exonérations de cotisations sociales ou d’aides diverses.
Certaines entreprises ont besoin d’être soutenues mais pas toutes ! Il faut d’urgence conditionner ces aides à des critères sociaux, environnementaux et de soutien à l’emploi.
Et que l’on cesse de faire des retraités les boucs émissaires du déséquilibre des budgets publics !