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Départ à la retraite à 65 ans, la dernière proposition du COR !

samedi 28 mars 2026

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Avec le printemps, ressurgissent les « bonnes idées » pour traiter le déficit de notre système des retraites. Trois ans après l’adoption aux forceps de la réforme Borne, six mois après sa suspension dans le cadre du débat budgétaire 2026, le Conseil d’Orientation des Retraites remet une pièce dans la machine avec une analyse intitulée « Impact macroéconomique des leviers d’équilibre financier d’un système des retraites » publiée le 26 mars 2026.
Il formule « une idée neuve », relever l’âge d’ouverture des droits à pension à 65 ans !

Le document du COR est motivé par le constat de « déséquilibres persistants entre les ressources et les dépenses du système des retraites » constaté par le rapport du Conseil d’Orientation des Retraites de juin 2025.

Il n’y pas le feu à la maison !
Sans vouloir minimiser le problème, rappelons que ce rapport, s’il signalait un déficit de 1,7 milliard du système des retraites pour 2024, constatait un excédent de 4,1 milliards en réintégrant les produits financiers générés par les réserves des différents régimes de retraites.
« En 2024, le système de retraite était déficitaire de 1,7 milliard d’euros en ne tenant pas compte des charges et produits financiers, ce qui représente 0,1 % du PIB. En les réintégrant, le système de retraite reste toutefois en excédent de l’ordre de 4,1 milliards d’euros, soit 0,1% du PIB. » Rapport du COR 2025, page 79 partie 2 Chapitre 3.

Les propositions des experts du COR
Malgré ce constat émanant de ses propres travaux, le Conseil étudie quatre mesures envisageables pour consolider la pérennité de notre système des retraites.
Ces quatre leviers mobilisés ont été calibrés pour générer un surcroît de recettes de 6 milliards d’euros.
Il s’agit des mesures suivantes :

  • Une hausse des taux de cotisations employeurs.
  • Une hausse des taux de cotisation salariés.
  • Une baisse des pensions
  • Un relèvement de l’âge d’ouverture des droits.

Les experts mobilisés écartent d’emblée la hausse des cotisations employeurs. Selon eux, elle entraînerait une contraction du PIB de -0,1 point à court terme, accompagné de la destruction de 10 000 à 50 000 emplois. Il s’agirait bien sûr de privilégier la compétitivité de la production française.
Et également de préserver les confortables dividendes des actionnaires du CAC 40, 107 milliards d’euros en 2025, mais sur ce sujet les experts du COR sont muets.
Ils excluent également une augmentation des cotisations salariales, qui induirait une diminution du salaire net, un recul de la consommation des ménages, avec comme corollaire une réduction du PIB de -0,1 point et une destruction d’emplois estimée entre 20 000 et 30 000 postes sur une perspective de 1 à 2 ans.
Dans leur grande mansuétude, les experts mobilisés par le COR épargnent aussi le pouvoir d’achat des retraités. Économiser 6 milliards sur leur dos, aurait pour conséquence, assez logiquement, une baisse de la consommation, en réduisant le revenu des ménages des retraités. Cette contraction du pouvoir d’achat des retraités entraînerait un ralentissement de l’activité de 0,1 point et une baisse de l’emploi d’environ 10 000 postes.
Comme vous avez suivi jusque-là, vous avez compris qu’il ne reste plus qu’une hypothèse. Et là les nuées sombres qui obscurcissaient le ciel de notre système des retraites se déchirent pour laisser place à un rayon lumineux éclairant l’avenir d’une perspective semée de roses.
La solution résiderait, selon nos experts, dans le relèvement de l’âge d’ouverture des droits à pension, et tant qu’à faire pourquoi lésiner, à 65 ans plutôt qu’à 64 !
Cette hypothèse nous garantirait 210 000 à 240 000 emplois supplémentaires et une augmentation du PIB entre 0,7 et 0,9 point.

Et si l’on se penchait sur les fins de carrière ?
Nos experts semblent avoir omis quelques paramètres, la propension, exceptionnelle par rapport aux pays comparables, qu’a le patronat français à se débarrasser des salariés âgés, l’usure au travail générée par de mauvaises conditions de travail, un taux d’accidents et de maladies professionnelles particulièrement élevé. La conséquence, un sous-emploi massif des salariés à la veille de la retraite.
En 2020, dernière statistique que nous avons trouvée émanant de l’Assurance Vieillesse, 43% des personnes à la veille de la retraite étaient écartées du travail. Un quart de ces mêmes personnes n’étaient ni en situation d’emploi, ni au chômage, ni en invalidité. Tout simplement sans ressources.
C’est en mettant le focus sur cette situation, pour cette même année 2020, que la DREES est arrivée à la singulière conclusion qu’on est moins pauvre à la retraite qu’en activité.
La proposition des experts du COR, et la rigidité du patronat français quant à l’accompagnement des fins de carrière pourraient avoir pour effet le développement d’un sas de précarité économique pour les salariés entre la sortie de l’emploi effectif et l’acquisition des droits à pension.

Quelques suggestions !
Pour corriger les propositions du COR, il conviendrait de rappeler qu’en 25 ans la participation des entreprises au financement de la protection sociale est passée de 60% à 47%.
Il faudrait se souvenir qu’au printemps 2025, une commission sénatoriale a évalué à 211 milliards d’euros les aides accordées aux entreprises par l’État souvent sans contrôle et sans contreparties.
Il faudrait rappeler qu’une part croissante des éléments de rémunération, primes et heures supplémentaires entre autres, échappent à toute cotisations sociales.
Il faudrait considérer que certaines exonérations de cotisations, impactant des salaires jusqu’à trois fois le SMIC, n’ont aucune pertinence pour le soutien à l’emploi, et qu’il conviendrait d’en questionner l’efficience.
Il faudrait enfin admettre que les grandes entreprises françaises ne sont pas forcément aux abois, puisqu’elles ont su distribuer en 2025, sous forme de dividendes ou de rachats d’actions, 107 milliards d’euros, ce qui représente une progression de 114,5% par rapport aux dividendes versés 10 ans plus tôt. Leur demander de revenir à un niveau de contribution compatible avec le maintien de notre protection sociale ne serait que justice.

Pour en savoir plus, lire l’analyse du COR sur l’impact des leviers sur le financement du système des retraites