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Guerre des générations entre jeunes et retraités, quand la réalité s’oppose aux préjugés
lundi 25 mai 2026
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Les baby-boomers sont décrits par les économistes libéraux comme les principaux responsables du déficit public. Parfois qualifiés de génération dorée, bénéficiaires de l’euphorie économique des trente glorieuses, d’un accès facile à l’immobilier, et de salaires confortables qui garantissent de bonnes pensions, on leur reproche d’être une charge excessive pour les jeunes générations et d’abuser de la force que représente leur poids électoral pour dicter aux gouvernements une politique sociale favorable à leurs intérêts.
Avec un argumentaire étayé sur la recherche historique, Hippolyte d’Albis, professeur à l’École d’économie de Paris, démonte ces arguments, dans un entretien accordé au site « Alternatives économiques ».
C’était mieux avant ? Pas vraiment !
Hippolyte d’Albis fait remarquer que depuis 1914, chaque génération a bénéficié d’un niveau de vie supérieur à celle qui l’a précédé.
Si le ressenti de la progression est moindre, c’est que la génération actuelle est partie de moins loin que celle qui est née juste après la libération. L’une des causes de la croissance de l’enrichissement est l’entrée massive des femmes sur le marché du travail à partir des années soixante du XXe siècle.
L’impression du « c’était mieux avant » relève donc de l’illusion.
Des inégalités intragénérationnelles plus qu’intergénérationnelles
S’il y a inégalités, elles se situent plus au niveau intragénérationnel qu’au niveau intergénérationnel. Pour une même génération, la génération « Z » par exemple, ceux qui bénéficient d’un capital financier, intellectuel, ou culturel, ont beaucoup plus de facilités à s’adapter à la situation générée par la crise que ceux qui en sont dépourvus.
On constate, plus qu’avant, une transmission intergénérationnelle de la pauvreté et des difficultés. Pour les plus modestes, l’ascenseur social est en panne, et nous nous dirigeons de plus en plus vers une société d’héritier.
Des retraités choyés ? Ça se discute.
Si les dépenses de retraite progressent fortement, c’est que le nombre de retraités s’accroît, du fait de l’augmentation de l’espérance de vie.
Mais l’effort collectif en direction des personnes âgées, prises individuellement, a tendance à se réduire. La puissance publique distribue moins à chaque retraité. Cette tendance a été portée par les multiples réformes menées depuis 1990 : introduction de la CSG, désindexations des pensions sur les salaires, relèvement des âges de départ à la retraite, introduction de mesures de décote…
Les retraités les plus âgés le mesurent, ils ont vérifié au fil des ans l’érosion de leur revenu de remplacement.
La question du logement
Sur ce point, l’observation des données vient démentir une fausse évidence :
En 1998, 11,2% des moins de trente ans étaient propriétaires de leur logement. En 2021, 16,7% des jeunes du même âge avaient accédé à la propriété.
Il faut tenir compte aussi du fait que le confort des logements s’est largement accru et que lorsque les baby-boomers étaient jeunes, l’habitat social était moins répandu et le mal-logement encore endémique.
Qui supporte la redistribution ?
Il existe deux périodes des âges de la vie où l’on consomme davantage que ce que l’on gagne, avant 24 ans et après 59 ans. En moyenne une personne passe 57% de sa vie en déficit, à bénéficier de la redistribution, et 45% de sa vie en surplus, et donc à contribuer à la redistribution.
Sur les trente dernières années, la part des personnes en surplus est restée stable, autour de 45%. Si la hausse de l’espérance de vie a gonflé le poids des plus âgés, la baisse de la natalité s’est traduite par une diminution de l’effort à fournir pour la prise en charge des jeunes. Par ailleurs la remarquable progression du taux d’emploi des femmes a contribué à financer l’arrivée à la retraite des boomers.
Des solutions
Le conflit entre générations est une absurdité, tous les vieux ont été jeunes, et tous les jeunes sont appelés à devenir vieux. Ce non-sens s’est d’ailleurs vérifié, puisque lors de la réforme des retraites de 2023, toutes générations confondues, ce sont plus de sept Français sur dix qui refusaient le relèvement de l’âge de départ à la retraite.
Pour consolider l’équilibre de notre système de retraites, il faut conforter la proportion d’actifs qui produisent plus qu’ils ne reçoivent. Si l’on parvenait à faire grimper le taux d’emploi des femmes et des seniors au même niveau que celui des hommes de 25 à 49 ans, le financement de nos régimes de retraites serait assuré.
Il faut aussi admettre que face au recul de la natalité, l’accueil de travailleurs immigrés constitue une réponse, à l’encontre des préjugés xénophobes qui sévissent dans une partie de l’opinion.
Une meilleure intégration des femmes dans le monde du travail, l’égalité salariale entre hommes et femmes, une meilleure adaptation des fins de carrière, une meilleure intégration des travailleurs immigrés plutôt que la multiplication des OQTF, autant de perspectives qui permettraient de sortir notre système de protection sociale de l’ornière.
Sans doute plus efficacement que la stigmatisation des seniors.
Pour aller plus loin :
Alternatives économiques : entretien avec Hippolyte d’Albis
