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Ecogestes : les seniors en pole position !

vendredi 10 avril 2026

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L’association Parlons Climat produit des études visant à mieux comprendre les publics supposés peu convaincus par la nécessité d’agir face au dérèglement climatique. Récemment elle en a publié une qui porte sur les seniors, en s’appuyant sur un sondage réalisé auprès de 4 000 Français, dont plus de 1 000 âgés de 65 à 80 ans ainsi que sur des entretiens.

Et là, à l’inverse de ce que beaucoup de personnes pourraient croire, car les médias avaient à une époque beaucoup mis les projecteurs sur Greta Thunberg icône autoproclamée de la défense du climat ainsi que sur les ados et les jeunes adultes de sa génération eh bien l’environnement et le climat font partie des 3 enjeux prioritaires pour 29 % des seniors  : c’est davantage que pour les autres classes d’âge.
Et pendant les entretiens, les seniors parlent beaucoup de modération, de sobriété, de la surconsommation qu’ils condamnent. Cela bat en brèche l’idée largement répandue selon laquelle ces sujets les laissent indifférents, en quelque sorte après moi le déluge.
D’autre part, ainsi que le montre notre Baromètre UNSA des Retraités, ils s’engagent beaucoup dans les associations et sont très investis au niveau local. C’est moins visible certes que, par exemple, les manifestations prisées par les plus jeunes et qui sont ponctuelles, mais cela semble être un engagement au quotidien pour les seniors.

Quelles sont les différences avec les générations suivantes concernant les modes de consommation ?
Les seniors sont les champions des écogestes comme trier ses déchets, baisser le chauffage, limiter la climatisation, choisir des produits peu emballés, etc. Ils les pratiquent davantage que les 18-34 ans. Pendant leur jeunesse, le fait de ne pas gaspiller était valorisé, nous avons tous en souvenir les paroles de nos parents nous demandant de finir notre assiette, de ne pas jouer avec la nourriture, et c’est resté ancré au plus profond de nous.
Même écart en faveur des seniors pour des habitudes de consommation telles que manger moins de viande et uniquement des fruits et légumes locaux et de saison, ou encore ne pas prendre l’avion. Mais ces motivations ne sont pas forcément écologiques. Par exemple, limiter l’alimentation carnée peut s’expliquer par des enjeux de santé et le prix de la viande, ne pas prendre l’avion est plus habituel dans ces générations. Rappelons que beaucoup de seniors ont des pensions n’autorisant pas ce genre de déplacements. Tout ceci contredit l’image fausse et caricaturale du retraité qui vole jusqu’à l’autre bout du monde. Ainsi les seniors sont la tranche d’âge qui utilise le moins ce mode de transport, le trafic aérien est très majoritairement le fait des jeunes.

Et concernant la voiture ?
Ils sont la génération qui a vécu l’avènement de la voiture, que les pouvoirs publics ont incité à acheter un véhicule synonyme de liberté, et ils ont donc plus de mal à modifier leurs habitudes sur ce plan et sont moins adeptes du covoiturage que les jeunes. Il faut dire aussi qu’ils habitent plus souvent en milieu rural, où la voiture reste indispensable. Autre facteur : la capacité physique. Il est plus facile de transporter ses courses dans son coffre qu’à pied, plus fatigant d’attendre le bus que d’utiliser librement un véhicule personnel. Certains craignent également pour leur sécurité dans les transports en commun.

Tout ceci montre que l’engagement écologique dépend de facteurs multiples.
En effet, les comportements vertueux en la matière ne relèvent que rarement d’un engagement personnel avant tout. On les adopte aussi parce qu’ils sont socialement valorisés, ou qu’ils sont bénéfiques pour soi-même, comme la modération dans la consommation de viande, ou qu’ils permettent de faire des économies.
Tout est entremêlé. Il est très rare que l’on s’engage alors que cela va à contre ses intérêts. Ceci démontre qu’il est impossible de demander les mêmes efforts à tout le monde. Ainsi il est vain et absurde de conseiller, demander, aux seniors les plus âgés ou handicapés de se déplacer à vélo. Même chose avec les personnes dont les revenus sont limités et qui ne pourront que très rarement, voire jamais manger bio et consommer les cinq fruits et légumes préconisés tant leurs prix sont prohibitifs pour ces personnes.

Quant à des mesures contraignantes, les seniors y sont là aussi davantage favorables que les plus jeunes. Une des explications tient au fait qu’ils ont vécu pendant une période où l’État était légitime, où on attendait de lui qu’il résolve les problèmes, alors que les plus jeunes réclament parfois moins d’interventionnisme, et sont aussi tentés par l’individualisme. Les seniors croient encore au pouvoir de la politique, et d’ailleurs ce sont eux qui votent le plus.