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Les salariés, plus riches à la retraite qu’en activité ? Vraiment ?
jeudi 26 mars 2026
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La DREES vient de publier le 26 mars une étude intitulée : « Niveau de vie des retraités : le taux de pauvreté baisse significativement lors du départ à la retraite. » Le lecteur pressé qui s’en tiendra à ce titre en déduira, avec les économistes libéraux, que notre système de retraite est trop généreux et qu’il est plus qu’urgent de geler les pensions.
Ce n’est pas vraiment ce qu’atteste l’étude de la DREES. Elle est factuellement exacte puisqu’elle compare la situation du retraité l’année avant le départ à la retraite, à sa situation l’année du départ à la retraite.
Mais si l’on compare la situation moyenne des actifs à celle des retraités, elle est biaisée, le taux de remplacement assuré par la retraite se limite à 75% du revenu d’activité et dans le meilleur des cas, le niveau de vie à la retraite correspond à 91% du niveau de vie en activité.
« Le langage des chiffres a ceci de commun avec le langage des fleurs, on lui fait dire ce que l’on veut. » Michel Audiard avait glissé cette réplique dans le rôle de Jean Gabin dans le film « Le président » d’Henri Verneuil. On la reprendrait volontiers à notre compte à la lecture de l’étude de la DREES du 26 mars.
Quelle incidence a eu le passage à la retraite pour les salariés en 2020 ?
Selon cette étude, étayée sur des chiffres de 2020, 12,4 % des personnes nouvellement retraitées en se trouvaient en situation de pauvreté monétaire au cours de l’année précédant leur départ à la retraite. Cette proportion diminuait à 8,3 % lors de la première année pleinement passée à la retraite, soit une baisse de 4,1 points de pourcentage.
L’étude souligne que si la proportion de personnes pauvres diminuait de 4,1 points de pourcentage, celle de personnes modestes, c’est-à-dire dont le niveau de vie se situait entre 60 % et 90 % du niveau de vie médian, augmentait dans une proportion similaire (+3,9 points).
En clair, les très pauvres étaient un peu moins nombreux, la première année de retraite, mais la proportion de très modestes augmentait. La redistribution a un effet correctif sur la grande pauvreté et il faut s’en satisfaire plutôt que de le déplorer.
Pourquoi le passage à la retraite améliore-t-il la situation des salariés en fin de carrière ?
La réponse est simple. D’une part le patronat français considère les salariés comme des produits affectés d’une certaine date de péremption. Passé 55 ans, la valeur marchande sur le marché du travail tend à s’effondrer. Les salaires suivent trop souvent la même évolution. Et le risque de chômage s’accroît. D’autre part, les conditions de travail qui sont imposées aux salariés en fin de carrière accentuent l’usure au travail, les facteurs de maladie et les risques d’invalidité. Et donc des ruptures dans le parcours professionnel surviennent. L’adaptation des postes de travail pour les fins de carrière relève plus du vœu pieux que de la réalité effective.
Quelle était la situation, au regard du travail, des futurs retraités en 2020 ?

Pour la même année 2020, l’Assurance Retraite avait produit une analyse qui démontrait que l’année où ils liquidaient leur retraite 57% des salariés étaient en activité, 11% étaient au chômage, 7% en invalidité et 25% n’avaient validé aucun trimestre.
43 % des néo-retraités n’avaient donc pas de travail en fin de carrière. Si l’on ajoute que ceux qui travaillaient avait souvent des salaires inférieurs au salaire moyen porté au compte sur les 25 meilleures années, parce que confrontés au travail partiel imposé, à des emplois moins rémunérés consécutifs à des licenciements, on peut comprendre que les dernières années précédant la retraite soient affectées pour certains par une grande précarité.
Rappelons quelle est la vraie vie des retraités :
Le taux de remplacement lors du départ à la retraite est inférieur de 25% au revenu d’activité.
Même en intégrant les revenus du patrimoine et l’évolution de la structure familiale, le niveau de vie des retraités correspond à 91% du revenu dont ils disposaient en activité.
Globalement, 11% des retraités vivent sous le seuil de pauvreté et ce taux a fortement progressé. Il était de 8% en 2015.
La pauvreté chez les retraités revêt un caractère généralement irréversible.
Pour l’UNSA Retraités, mettre le focus sur la seule période de transition entre la dernière année d’activité et la première année de retraite autorise à produire des chiffres qui ne traduisent pas la réalité de la transition entre activité et retraite, et qui ignorent le phénomène d’érosion du niveau de la pension tout au long de la vie de retraité.
Cela n’aide pas à construire une analyse objective des conditions du passage de l’activité professionnelle à la situation de retraité.
Pour aller plus loin :
L’article de la DREES
L’étude de l’Assurance Retraite sur la transition entre emploi et retraite en 2020
