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Les violences conjugales ne s’arrêtent pas avec l’âge !

lundi 9 mars 2026

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Dans les médias, dans les rubriques « faits-divers » de nos journaux, les violences conjugales décrites concernent très largement des femmes de moins de cinquante ans. Les violences intra-conjugales subies par les femmes de plus de 70 ans sont pourtant une réalité : en 2024, l’étude nationale sur les morts violentes au sein du couple révélait que 26% des cas concernaient des personnes de plus de 70 ans.

Ces drames familiaux, souvent perpétrés au moyen d’armes à feu, se concluent à 70% des cas par le suicide ou la tentative de suicide du conjoint meurtrier.

Pourquoi cette réalité est-elle ignorée ?
Les principales enquêtes statistiques concernant les violences faites aux femmes s’arrêtent à 69 ans (Etude violences et rapport de genres), voire à 59 ans (Enquête nationale sur les violences envers les femmes).
Selon Jean-Philippe Vinquant, président du Haut-Conseil de la famille de l’enfance et de l’âge, les femmes âgées souffrent d’une « forme d’invisibilité intersectionnelle » résultant « d’une combinaison d âgisme et de sexisme ».
Invisibilisées d’une part faute d’enquêtes statistiques documentées, d’autre part du fait d’un imaginaire collectif qui a du mal à concevoir une grand-mère victime de violences conjugales, un grand-père maltraitant, des femmes âgées sont pourtant des victimes. Dans les couples les plus âgés, perdure trop souvent l’image d’un couple où la femme doit obéissance au « chef de famille ». Cette situation induit une banalisation des violences subies par les victimes et une forme d’auto-censure de leur part, les empêchant de libérer leur parole.

Les causes de la violence subie par les femmes âgées
Le passage à la retraite constitue pour le couple un moment de transition forte, avec une certaine rupture du lien social, un repli sur soi et une confrontation au conjoint plus fréquente voire permanente.
La perte d’autonomie accroît aussi le risque de violence au sein du couple. C’est souvent la femme qui se retrouve en situation d’aidante, isolée, sans temps de répit, parfois confrontée à des difficultés matérielles. La situation de dépendance, le sentiment de vieillissement, la dégradation de l’état de santé constituent des facteurs à risques pour la violence intra-conjugale. Risque d’autant plus accru, en cas de présence d’armes à feu au domicile. Certaines formes de pathologies comme la démence sénile peuvent constituer des facteurs de risques supplémentaires.
Enfin, la plupart des femmes retraitées se trouvent en situation de dépendance économique vis-à-vis de leur conjoint, du fait de pensions largement inférieures (les pensions des femmes sont en moyenne inférieure de 38% à celle des hommes). Si cette disparité de ressources est, fort heureusement, vécue très majoritairement de façon harmonieuse au sein des couples de retraités, elle peut être facteur de tensions puis de violence entre les deux conjoints.

Ce qu’il faudrait pour enrayer la violence dont sont victimes les femmes âgées
 Il faudrait élargir aux femmes âgées le champ des enquêtes menées sur les violences envers les femmes. Il y a une forme d’âgisme inacceptable à les interrompre au-delà de 70 ans.
 Il faudrait aussi, à titre de prévention former les professionnels au contact avec les personnes âgées, soignants, auxiliaires de vie, assistantes sociales, à repérer les signes de maltraitance et de violence subies par les femmes.
 Il faudrait enfin développer des espaces de parole à destination des femmes âgées pour recueillir leurs témoignages, mettre à leur disposition des plates-formes d’alertes dédiées, et leur proposer des solutions en amont des risques de violences intra-conjugales.
 Enfin, il conviendrait de mener auprès des conjoints un travail de déconstruction de la toute-puissance du chef de famille.
La violence faite aux femmes âgées est un sujet que la société ne doit plus ignorer !