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Rapport du COR 2026, ne cédons pas à l’alarmisme !
jeudi 11 juin 2026
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Le rapport du Conseil d’Orientation des Retraites 2026 a été rendu public le 11 juin. Dès le 9 juin, la presse et les médias se sont fait écho de son contenu, pas toujours de manière objective, et trop souvent en surjouant le registre de la dramatisation.
Avec pour certains, la mise en avant de la seule mesure pertinente à leurs yeux, le relèvement de l’âge d’ouverture des droits à la retraite.
Nous livrons ici notre première analyse de ce rapport, avant une étude plus approfondie dans les prochaines semaines.
Une lecture biaisée du rapport du Conseil d’Orientation des Retraites
Cela devient une fâcheuse habitude, le rapport du Conseil d’Orientation des Retraites fuite dans la presse avant la date de sa publication officielle. Pour l’édition 2026, les médias n’ont pas manqué de nous abreuver de propos alarmistes dès le 9 juin, alors que la publication officielle n’est survenue que le 11 juin.
La donnée qu’ils ont retenue est la suivante : l’indice de fécondité devrait tomber à 1,45 enfant par femme en 2028. Avec un raisonnement simpliste à la clé, moins d’enfants qui naissent en 2025 cela fait moins de cotisants en 2060 et donc une remise en cause de la pérennité de notre système de retraites.
Sauf qu’une donnée est ignorée d’une bonne partie de ces analystes. Le solde migratoire estimé à 150 000 personnes par an selon l’INSEE contribue à l’équilibre de notre système de retraite. Le Conseil d’Orientation des Retraites estime même qu’avec un solde migratoire de 230 000 personnes, les dépenses de retraites devraient même baisser de -1,1 point à l’horizon 20270.
Les travailleurs immigrés contribuent, n’en déplaise à ceux qui ne cessent de les stigmatiser et de présenter l’immigration comme un coût pour la collectivité, à produire des richesses, payent des cotisations et participent au financement de notre système de retraite.
Nous envisageons avec circonspection les projections à long terme, les aléas politiques et économiques venant fréquemment bousculer les scénarios savamment construits.
Nous livrons ici une première analyse rapide des sujets qui concernent les retraités en priorité.
La part des dépenses de retraites par rapport à la richesse du pays :
En 2025, les dépenses de retraites représentent 14,1% du Produit Intérieur Brut soit 422,2 milliards d’euros. En 2024, elles correspondaient à 13,9 % du PIB et 407 milliards d’euros.
Mais si l’on considère la dépense nette pour le financement des retraites, hors prélèvements pesant sur les retraités, elle s’élève à 394 milliards, soit 13,2% du PIB. En 2024, elle atteignait 378 milliards et 12,9% du PIB.
Une évolution à mesurer au regard de la progression du nombre de retraités.
Les dépenses de retraites sont fréquemment dénoncées comme pesant trop lourd sur les budgets publics. Or, le Conseil d’Orientation des Retraites souligne que la part consacrée aux retraites s’élève à 24,3% des dépenses publiques, contre 24,7% en 2019.
Enfin, le Conseil d’Orientation des Retraites estime que les dépenses de retraites seront stables jusqu’en 2045, ce qui confirme l’analyse développée par Pierre Louis Bras, le prédécesseur de Gibert Cette à la présidence du COR, qui affirmait en 2023 : « Les dépenses de retraites ne dérapent pas, elles sont relativement maîtrisées, dans la plupart des hypothèses. »
Malgré un contexte économique et international marqué par de nombreuses incertitudes, il n’y a pas de dérapage des comptes des retraites.
Le déficit du système des retraites
Sans prendre en compte les charges et produits financiers de l’ensemble des caisses de retraites, le déficit du système des retraites s’élève à 5,1 milliards soit 1,15% des dépenses de retraite. En réintégrant charges et produits, le déficit se limite à 1,3 milliard d’euros soit 0,04% du PIB et 0,3% du total des dépenses de retraites.
Le niveau de vie des retraités.
Selon le COR, en 2023, le niveau de vie moyen des retraités est équivalent à celui de l’ensemble de la population.
Plus précisément, en 2023, en net, les pensions des retraités résidant en France (droits directs et droits dérivés) représentent en moyenne 64,5 % du revenu des actifs. Si l’on intègre les autres revenus des ménages de retraités on arrive à revenu correspondant à 69,9% de celui des actifs et à 80.2% de celui de l’ensemble de la population.
On retiendra qu’en moyenne, en 2023, un ménage de retraité disposait d’un revenu de 2978 € alors qu’un ménage d’actifs disposait de 4263 € de revenu.
Il faut intégrer les loyers fictifs des retraités propriétaires de leur logement pour arriver à l’égalité de niveau de vie entre les retraités et l’ensemble de la population. Un raisonnement plutôt biaisé, car on pourrait, à ce jeu-là, déduire les frais de santé plus lourds pour les retraités que pour les actifs, pour pondérer leur niveau de vie.
Le patrimoine des retraités
Les retraités sont réputés disposer d’un patrimoine confortable, supérieur à celui des actifs. Le rapport du COR, pour peu que l’on aille au bout de l’analyse, vient largement pondérer ce préjugé. Début 2021, selon une enquête réalisée par l’Insee, le patrimoine net des ménages résidant en France s’établit en moyenne à 250 500 euros. Avec 309 900 euros, les retraités avaient un patrimoine net 29 % plus élevé que celui des actifs, d’un montant moyen de 240 000 euros. Mais cet écart s’expliquait parce que très majoritairement, les retraités avaient soldé leurs emprunts, alors que les actifs ont en général des traites à rembourser. Si l’on considère le patrimoine brut, 336 900 euros pour les retraités et 328 700 euros pour les actifs, l’écart se réduisait à 2 %.
Revenus disponible inférieur pour les ménages de retraités, patrimoine équivalent en valeur d’usage, l’avantage essentiel des retraités sur les actifs est d’avoir, bénéfice de l’âge, en général soldé leurs crédits.
Sur le moyen et long terme, si le revenu des retraités se maintient en matière de pouvoir d’achat, les projections du COR prévoient qu’il décroche par rapport aux actifs.
Une analyse alarmiste pour justifier le relèvement de l’âge d’ouverture des droits
Si le COR se livre à une analyse diagnostique de l’effet des quatre leviers mobilisables pour assurer la pérennité du financement du système des retraites : relèvement des cotisations patronales, relèvement des cotisations des salariés, baisse des pensions et relèvement de l’âge d’ouverture des droits, sans surprise les tenants du libéralisme économique privilégient cette dernière mesure.
Le COR signale pourtant que le relèvement d’un an de l’âge d’ouverture des droits se traduirait temporairement par une hausse du chômage selon les modèles, cet effet disparaissant toutefois à plus long terme sous l’effet de l’augmentation de l’activité et de l’ajustement progressif du marché du travail.
Avant d’envisager le relèvement de l’âge d’ouverture des droits à pension, des solutions d’équité sociale comme l’amélioration du taux d’emploi des jeunes et des seniors, avec l’aménagement des fins de carrière, l’égalité salariale entre hommes et femmes conduiraient à plus de cotisations et donc un meilleur équilibre financier du système des retraites.
Le rapport du COR est un outil de pilotage précieux pour préserver notre système des retraites. Certains l’utilisent pour attiser les craintes, faire naître des peurs et des antagonismes, notamment entre générations. Face aux défis du vieillissement, l’UNSA défend un débat public fondé sur les faits, la solidarité et la cohésion sociale plutôt que sur les peurs, les stigmatisations et les faux procès en irresponsabilité budgétaire.
Pour aller plus loin :
Le rapport du COR 2026
L’analyse de l’UNSA
