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Et si les riches payaient leur impôt sur le revenu ?

lundi 9 mars 2026

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Il a mis les pieds dans le plat ! Éric Lombard, ancien ministre de l’économie et des finances du gouvernement, a tiré une première salve dévastatrice début janvier 2026.
13 000 foyers fiscaux de millionnaires ne paient pas l’impôt sur le revenu !

Première salve !
Au moins 13 000 contribuables assujettis à l’Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI) auraient un revenu fiscal de référence nul et ne paieraient pas l’impôt sur le revenu, affirmait début janvier l’ancien ministre des finances de François Bayrou, Eric Lombard.
Ce chiffre était immédiatement démenti, les yeux dans les yeux, par Amélie de Monchalin, encore ministre du budget (et désormais présidente de la Cour des Comptes). « Il n’est pas vrai que des dizaines de milliers de Français fortunés ne paieraient aucun impôt sur le revenu  » déclarait-elle le 14 janvier.
Pas de chance pour elle, quelques jours plus tard, la Commission des finances du Sénat mettait la main sur le dossier confirmant les dires d’Éric Lombard. En 2024, ce sont bien 13 335 millionnaires qui n’ont pas payé d’impôt sur le revenu en France.
On peut simplement regretter que M. Lombard n’ait pu disposer de ces éléments avant la préparation du budget de 2026. Il aurait peut-être permis à François Bayrou d’avoir une lecture un peu plus précise des comptes de la Nation.
Aurait-il, informé de ces données, infléchi son projet vers plus de justice fiscale ? On peut en douter car chez lui les orientations ultra-libérales prenaient le pas sur la simple raison et la recherche du consensus.

Deuxième salve : 50 000 millionnaires au moins échapperaient à l’impôt sur le Revenu, toujours selon Eric Lombard.
Le 27 février, Éric Lombard révisait son estimation et évaluait à 50 000 personnes le nombre de contribuables millionnaires échappant à l’impôt sur le revenu. La correction de son estimation reposait sur le fait que la fortune mobilière échappait à l’Impôt sur la Fortune Immobilière. Le fisc ne dispose que du patrimoine immobilier (IFI) ; les actifs mobiliers ne sont pas déclarés, ce qui masque la richesse réelle.
D’autre part, ces ménages favorisés utilisent largement les conseils avisés d’avocats fiscalistes qui leur permettent, en toute légalité, d’échapper à l’impôt. Ce sont, par exemple, les holdings financières qui offrent la possibilité de stocker à l’abri du fisc des capitaux, et de n’utiliser que la part des bénéfices nécessaire à l’usage domestique.
M. Bernard Arnault, lorsqu’il utilise son yacht de 101 mètres, n’en est pas propriétaire. Il le loue à une holding basée semble-t-il à Malte, holding qui bien sûr lui appartient, mais n’est en rien redevable du fisc Français. Et voilà le travail !
En revanche, le dériveur de six mètres de votre voisin est taxé comme élément du patrimoine familial.

Où l’on mobilise les retraités de l’Ile de Ré !
Le but de la manœuvre, c’est de démonter que les riches dont il est question, ne sont, finalement, pas si riches. Et l’on exhume l’histoire, réelle, de ces anciens paysans Rétais, propriétaire de deux hectares de champs de patates, désormais constructibles, ouverts à l’appétit de promoteurs et autres riches résidents secondaires. Lesquels champs de patates les ont fait basculer dans le camp des riches sans que leur niveau de vie et leur pension de la MSA n’ait bougé d’un iota. Il y a 6000 retraités sur l’Île de Ré, mais tous, loin de là, ne disposent pas d’un champ de patates, et si c’est le cas, il n’est pas toujours constructible.
On nous a cité aussi le cas d’un couple de retraités « modestes » disposant d’un appartement à Paris, d’une résidence secondaire en province, et chacun d’une pension de 2400 €, lesquels en utilisant toutes les facilités générées par les chèques emploi-service universels, en arriveraient, à coup de crédits d’impôts, à s’exonérer totalement de l’impôt sur le revenu.
A titre comparatif, la retraitée qui vit seule dans un appartement de location, avec une pension de 1800 €, paie, elle, un impôt sur le revenu ! Et quand il s’agit de geler les pensions, on ne l’estime pas « modeste », mais « plus favorisée que la moyenne » !

Et si on faisait payer davantage d’impôts aux riches ?
 On pourrait, par exemple, rétablir l’ISF.
 On pourrait encadrer rigoureusement les holdings.
 On pourrait revoir de façon plus générale le barème de l’impôt sur le revenu.
 On pourrait reparler de la taxe Zukman.
La justice fiscale est une exigence majoritaire chez les Français. Dix ans de Macronisme ont creusé les inégalités.
L’impôt sur le Revenu est loin d’être la première ressource fiscale de l’État, loin derrière la TVA. Mais, parce qu’il est progressif, il est pour les citoyens, le symbole de l’égalité devant l’impôt, et le fondement du consentement à l’impôt. Comme on dit dans la Déclaration des droits de l’homme, « une contribution commune est indispensable » et « doit être également répartie entre tous les citoyens en raison de leurs facultés ». Revenir à ce principe qui structure notre société, c’est retrouver l’un des fondements du vivre ensemble, dans une société plus juste, plus équitable, plus solidaire.