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Illectronisme : quelles conséquences dans la vie de tous les jours ?

lundi 30 mars 2026

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À l’heure où tout se numérise, certains séniors se retrouvent en difficulté face aux outils numériques au risque d’être exclus d’un grand nombre de services et de droits. Notre baromètre des retraités a mis ce point en évidence.

De la consultation de ses résultats médicaux, en passant par l’échange avec ses proches, la réservation d’un billet de train ou de spectacle ou le paiement du stationnement, le numérique s’est petit à petit insinué dans nos vies. Pratique si on est à l’aise avec lui, il devient un problème pour quasiment 20% de nos concitoyens qui ne maîtrisent pas cet outil. Et dans ce cas il y a un grand risque d’exclusion.

Ce phénomène, appelé illectronisme (ou illettrisme numérique), désigne l’incapacité à utiliser les outils numériques du quotidien, par manque de connaissance ou de confiance en soi. Derrière ce mot, il y a souvent de la gêne : beaucoup n’osent pas avouer leurs difficultés, comme on taisait autrefois l’illettrisme.
Les plus touchés sont les personnes âgées  : 37 % des plus de 70 ans et 27 % des 60-69 ans se disent en difficulté, contre 17 % des 40 à 59 ans. Ce décalage s’explique principalement par l’adoption plus précoce du numérique chez les jeunes séniors durant leur vie professionnelle.

Le risque d’exclusion est bien réel dans une société de plus en plus dématérialisée :
82 % des démarches administratives – impôts, retraite, santé, banque… – se font désormais en ligne. Mais 44 % des Français déclarent toujours éprouver des difficultés à les réaliser seuls. Dans sa dernière enquête sur l’accès aux droits (2024), le Défenseur des droits souligne « l’ambivalence du processus de dématérialisation des services publics qui, s’il complexifie l’accès aux démarches administratives pour certains, semble faciliter la résolution des problèmes pour d’autres »
Conséquence : la fracture numérique ne cesse de se creuser. Et certains se découragent et finissent par renoncer à une requête ou un droit. Peur de se tromper, difficulté des mots de passe multiples, complexité des sites ou encore crainte du piratage… Autant de freins qui restreignent l’accès aux droits, et à la vie citoyenne tout simplement.
Selon le Baromètre 2025 du numérique du Crédoc (Centre de Recherche pour l’Étude et l’Observation des Conditions de Vie), 94 % des 60/69 ans utilisent Internet soit autant que la population générale. 70 % des plus de 70 ans seulement sont connectés et seulement 50 % reconnaissent avoir effectué une démarche administrative en ligne.

L’importance de l’accompagnement.
Au-delà de l’accès aux services, cette fracture numérique est aussi sociale. Alors qu’un retraité sur trois vit seul dans son logement, les courriels, messageries instantanées et réseaux sociaux aident souvent à maintenir les liens avec la famille et les amis. Bien utilisé, Internet peut donc rapprocher.
Nombreux sont ceux d’ailleurs qui s’adaptent et s’équipent en conséquence : 70 % des plus de 70 ans ont un smartphone (+ 8 points en un an) et 45 % d’entre eux publient sur les réseaux pour garder contact, d’après le dernier Baromètre du numérique. Le problème n’est donc pas tant la méfiance vis-à-vis du numérique qu’un manque d’accompagnement pour surmonter les difficultés.
C’est justement le sens de la feuille de route France Numérique Ensemble (2023-2027), portée par les pouvoirs publics : accompagner 8 millions de personnes éloignées du numérique, former 20 000 aidants et créer 25 000 lieux de médiation numérique sur tout le territoire.

L’avis de l’UNSA-Retraités :
 L’État et les collectivités territoriales doivent tenir compte du vieillissement de la population. L’accès aux « maisons France service » doit être facilité sur tout le territoire.
 Le développement de la communication numérique ne doit pas être un obstacle pour les personnes âgées. Des moyens humains de proximité, doivent être maintenus afin que toutes et tous puissent avoir accès à l’information et que personne ne soit isolé.
 Le support papier doit toujours pouvoir être proposé.