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Le gros bâton

dimanche 11 janvier 2026

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En 1823, les États-Unis organisèrent leur politique extérieure selon le principe de la doctrine « Monroe ». Quelques décennies plus tard, Théodore Roosevelt enrichissait cette doctrine d’un autre principe « the big stick ». Comprenez le « gros bâton ».
Les finalités : faire de l’Amérique latine un domaine réservé, exploitable à merci, et prier les européens et le reste du monde de détourner le regard et de se mêler de leurs affaires.
On le pressentait depuis des mois, mais le « gros bâton » est agité brutalement par Donald Trump, qui, adepte de l’auto-congratulation, vient de renommer la doctrine Monroe, doctrine « Donroe ».

On ne peut pas dire que le président Nicolas Maduro correspond à l’idée que l’on peut se faire d’un démocrate. Autoritarisme, fraude électorale, on fait mieux dans le genre.
Mais l’acte de guerre auquel s’est livré Donald Trump au matin du 3 janvier constitue un viol délibéré des règles du droit international telles qu’elles avaient été élaborées à l’issue du second conflit mondial, sous l’égide des Nations Unies.
La politique du gros bâton a été mobilisée pour soumettre une nation indépendante et faire main basse sur les réserves pétrolières du Venezuela.
En aucun cas, le prétexte du rétablissement de la démocratie n’a été invoqué. Le mot était absent des propos du président Trump lors de sa conférence de presse.
Les USA pratiquent désormais une politique hégémonique brutale, dont le but est de mettre au pas, soit par l’asphyxie économique, soit par des actions militaires violentes, l’ensemble du continent latino-américain. Plus que jamais le « big stick ».

Cette stratégie fait litière de la souveraineté des peuples et constitue un encouragement pour tous les autocrates que compte la planète à soumettre par la force les peuples et territoires qu’ils veulent s’approprier.
 Feu vert donné à Vladimir Poutine pour poursuivre son agression contre le peuple ukrainien ?
 Feu vert donné à Xi Jinping pour préparer l’invasion de Taiwan ?
 Feu vert donné à Netanyahou et ses ministres d’extrême droite pour annexer la Cisjordanie ?
Pour ce qui est des USA, l’appétit ne se limite pas au Venezuela puisque les ambitions se portent désormais vers la zone du Canal de Panama et le Groenland. Puisque, nous dit Trump, les USA en ont besoin, pourquoi donc se priver ?
Nous retrouvons au terme de ce premier quart du XXIe siècle la thèse de l’espace vital qui faisait florès dans les dictatures totalitaires de la première moitié du XXe siècle.
La politique développée par Donald Trump, bouleverse l’ordre mondial et renforce les turbulences dans la situation internationale provoquées par tentative d’invasion de l’Ukraine par la Russie et la guerre qui en a résulté.

Autre impression, qui nous ramène en terme d’images et de pratiques à cette sombre période, les agissements de la sinistre police de l’immigration désignée sous l’acronyme « ICE », mise en place par Trump, lors de son second mandat. La brutalité de ces milices, est massivement rejetée par les Américains attachés à la démocratie et au respect des droits de l’homme.

Dans ce contexte, l’Europe ne peut se contenter d’hésitations ou d’alignements opportunistes. Elle doit défendre sans ambiguïté le droit international, le multilatéralisme, les droits humains et les libertés syndicales.
La démocratie ne se décrète pas par la force. Elle se construit par le droit, le dialogue social et le respect des libertés syndicales et des droits sociaux. Dans cette situation, l’UNSA continuera de défendre un chemin clair : celui de la paix, de la démocratie, de l’État de droit, de la justice sociale et environnementale et de la solidarité internationale.