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Vers une société de « l’héritocratie » ?
jeudi 22 janvier 2026
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La question de l’héritage et des droits de succession qui peuvent s’y appliquer est une question extrêmement sensible. Quel que soit le niveau de patrimoine, les Français ont en commun cette même préoccupation : « Laisser quelque chose à ses enfants ». Et pourtant, entre un patrimoine limité à un livret A pas toujours plein, et celui de l’héritier d’une entreprise prospère, éligible à la niche Dutreil, augmenté d’un solide patrimoine immobilier, l’éventail des possibles en matière de succession est extrêmement ouvert.
Une large majorité de nos concitoyens, en s’arc-boutant contre une réforme des droits de succession, fait le jeu des plus favorisés, qui ont vu leur patrimoine successoral progresser très fortement depuis les années 1970.
État des lieux
A la fin du XIXe siècle, dans une France encore balzacienne, la part du patrimoine hérité dans le patrimoine total représentait 80%. En 1905, les 10% les plus riches possédaient 87% de la propriété privée (immobilier, entreprises et avoir financiers).
Par le jeu des crises économiques, des deux guerres mondiales, de réformes fiscales et de la mise en place d’une politique de redistribution sociale, la fortune héritée, au début des années 1970 ne représentait que 35% du patrimoine moyen. 55 ans plus tard, l’héritage constitue 60% du patrimoine moyen.
On est passé d’une société de relative méritocratie, où la progression sociale était fondée sur le travail, à une société d’héritiers. Désormais, chaque année, ce sont 400 milliards qui changent de main, passant des parents aux enfants, soit l’équivalent en masse des dépenses de retraite annuelles !
Nous avons donc connu, en l’espace de deux générations, un retour de balancier, qui fait de l’héritage la principale source d’enrichissement au détriment du travail. Désormais, un jeune dépourvu de patrimoine ne peut même plus espérer devenir propriétaire de son logement, sauf à de rares exceptions près (joueurs de foot talentueux, traders, voire cadors de l’économie frauduleuse…).
Qui hérite ?
Le bon sens, selon Descartes, est la chose du monde la mieux partagée… Il n’en va pas forcément de même pour l’héritage.
L’héritage médian, celui qui sépare la moitié la moins favorisée des héritiers de la moitié la plus favorisée, s’élève selon le Conseil d’analyse économique, à 70 000 euros. A ce niveau de patrimoine successoral, on n’acquitte aucun droit de succession. Et dans la moitié la moins favorisée, une large fraction ne reçoit rien du tout.
A l’inverse, moins de 10% des héritiers percevront plus de 500 000 euros.
Pour les 1% des héritiers les plus favorisés, le patrimoine hérité moyen atteint 4,2 millions d’euros.
Et lorsqu’on concentre la focale sur les 0,1% les plus favorisés, l’héritage moyen atteint 13 millions d’euros, soit 180 fois l’héritage moyen des Français…
Liberté, Egalité, Fraternité est-il écrit sur le fronton de nos édifices publics ! Du côté de l’égalité en matière de patrimoine successoral, ça branle dans le manche !
Si l’on ne fait rien, ça ne va pas s’arranger !
Notre génération, celle du baby-boom, va passer le témoin dans les 15 à 20 années à venir. Plus de 9000 milliards de patrimoine vont passer des parents aux enfants et venir abonder l’escarcelle d’héritiers plus que sexagénaires, laissant sur la touche les jeunes générations.
Les économistes désignent ce phénomène déjà amorcé sous le terme de « grande transmission ». Sans régulation, elle profitera aux plus âgés et conduira à une concentration accrue des richesses.
Aujourd’hui déjà, 61% des personnes ayant hérité ont plus de 70 ans et 27% ont entre 60 et 69 ans.
Il y a deux siècles, on héritait à 25 ans !
Des solutions, à l’UNSA Retraités, nous en avons quelques unes à proposer. On vous en reparle très vite.
