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Inflation, retraites et budget de l’État

vendredi 29 mai 2026

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Le mois dernier, l’INSEE a communiqué l’évolution des prix sur un an entre avril 2025 et avril 2026. Il a noté un regain d’inflation de 2,2 % et sur la même période, une évolution des prix de l’énergie en progression de 14,2 %. Et la tendance n’est pas au ralentissement tant que les tensions au Moyen-Orient ne s’apaisent pas.
Peut-être le mécontentement des consommateurs américains devant la baisse de leur pouvoir d’achat amènera-t-il Donald Trump à modérer son attitude à l’égard de l’Iran et à suspendre un conflit pour lequel il n’a pas demandé et encore moins obtenu l’accord du Congrès. Mais l’homme est si imprévisible que l’on ne peut présumer de rien.

Ce qui nous préoccupe, c’est bien le pouvoir d’achat des retraités Français. Les 0,9 % d’augmentation des pensions de base et des régimes alignés, au titre du rattrapage de l’inflation calculée sur l’année 2025 ont déjà été absorbés par les hausses multiples, cotisations des complémentaires santé à 4 %, augmentation du prix de l’essence, car même retraité on est appelé à se déplacer et pas toujours pour le plaisir, surtout quand on habite en zone rurale. Cerise sur le gâteau, et oui, le mois de mai est aussi le temps des cerises, le prix du gaz fait un bon de 15,4 % ce qui devrait correspondre en moyenne à un surcoût de 6 euros par mois ! Cette augmentation concernera les consommateurs dont les offres sont indexées au prix repère de vente de gaz. Ce qui correspond à peu près à 80 % des ménages qui se chauffent au gaz.

Comme un malheur ne vient jamais seul, et parce qu’on en est aux prémices de l’élaboration du budget 2027, l’heure est à la recherche d’économies budgétaires. Et devinez à qui l’on pense, par ces temps de disette financière, pour renflouer les comptes publics : aux retraités bien sûr !
L’ancien ministre de l’Économie Éric Lombard a été le premier à sortir du bois. Sur France Culture, il a dénoncé un système de protection sociale « inéquitable » et qualifie de « honte » le fait de faire porter le poids de la dette et des retraites des « boomers » sur les épaules de la jeunesse française. Ce faisant, il reprenait l’antienne développée par son Premier ministre de l’époque, François Bayrou, avec le succès que l’on sait.
Ne doutons pas que d’autres vont suivre avec des propos similaires.

Rappelons à tous ces grands esprits, prompts à stigmatiser les privilèges des boomers, que cette année 14 millions d’anciens salariés du privé ont été privés de toute revalorisation de leur pension complémentaire, alors que les caisses de l’AGIRC-ARRCO disposent de 86 milliards de réserves, et cela par la seule volonté du MEDEF.

Rappelons que le pourcentage de retraités vivant sous le seuil de pauvreté est passé de 8 à 11 % en 10 ans. Et 11 % de 18 millions de retraités, ça fait deux millions de retraités pauvres, et définitivement pauvres, car on fait rarement fortune à 75 ans.

Rappelons trois chiffres :
 La pension brute moyenne des femmes retraitées : 1306 €.
 La pension nette des nouveaux retraités : 1435 €
 La pension moyenne de l’ensemble des retraités : 1541 €.

Et c’est à ce pactole que voudrait s’en prendre Monsieur Lombard. Hasard des choses, le jour même où l’ancien ministre s’en prenait aux boomers, accusés d’être la honte de la nation, le groupe Total Énergie annonçait ses bénéfices pour le 1er trimestre 2026 soit 4,8 milliards d’euros. A ce rythme, le bénéfice de la multinationale sur l’année pourrait approcher les 20 milliards, et cela sans que soit heurtée la belle conscience morale de M. Lombard, alors qu’il s’agit tout de même de profits réalisés sur la guerre.

Une fois de plus, une fois de trop, nous devrons nous battre pour que la règle régissant la revalorisation des pensions, l’article 161-25 du code de la Sécurité sociale, soit appliqué sans aucune pondération.

Infos UNSA Retraités 34 n°125 - juin 2026