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Jeunes et seniors, solidaires
jeudi 29 octobre 2026
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Tout le monde ne vit pas la même retraite, tel est le titre que nous avions donné voici deux ans, à notre première enquête sur les conditions de vie des retraités. Le mouvement des lycéens est né d’un constat similaire chez les jeunes, tout le monde ne vit pas la même jeunesse. Et les conditions d’études sont radicalement différentes d’un lycée des beaux quartiers à celui d’une banlieue populaire. D’un établissement privé où l’un relève un indice de position sociale (IPS) de 130 si on le compare à un lycée de secteur défavorisé, où l’IPS atteint péniblement l’indice 80.
Et pourtant ce n’est pas cette ségrégation scolaire que les médias et le gouvernement mettent en évidence. Qui parle du rôle discriminant des établissements privés sous contrat, qui écartent les plus défavorisés et sont financés à 70 % par les contribuables ?
Non, l’accent est mis une fois encore sur le poids excessif des retraites qui absorbent 14 % de la richesse nationale, ou plus précisément 13 % car il faut déduire la participation des retraités au financement des retraites, mais nourrissent 26 % de la population.
Dernièrement, la présentation abusive de David Amiel, qui a joint au PLFSS 2027 un rapport imputant abusivement la charge des retraites dans le budget de chaque ministère, en est un exemple flagrant. Cette présentation avait été désavouée par le Conseil d’Orientation des Retraites lorsque François Bayrou avait tenté de l’imposer.
Les pensions de retraites des agents de l’Etat ne sont pas payées par chaque ministère mais par le Service des Retraites de l’Etat. Ce système résulte du code des pensions civiles et militaires qui considère la pension de retraite comme un traitement continué.
Lorsqu’un agent passe un concours et entre au service de l’Etat, son traitement obéit à une logique de carrière avec passage d’échelons et lorsqu’il est « rayé des cadres actifs », l’Etat lui verse une pension qui lui garantit des conditions de vie dignes jusqu’au terme de son existence.
On notera au passage que la pension civile n’a pas du tout le même statut que la retraite du régime général, puisqu’elle peut être réduite à titre de sanction. Ce qui n’est pas le cas de la retraite du régime général où les droits acquis sont inaliénables.
Donc, lorsque l’État a recruté à 20 ans un agent en 1970, il s’est engagé à lui verser d’abord un traitement, puis une pension civile ou militaire qui est inscrite au "Grand livre de la dette publique" jusqu’au terme de son existence. Les politiques publiques, qui ont réduit le nombre des agents, notamment par le recours aux contractuels ou par la mise en œuvre de la RGPP ( révision générale des politiques publiques), qui ont gelé des années durant le point d’indice, ont conduit à une réduction relative des recettes des cotisations salariales appliquées aux agents publics. Le problème avait été signalé par Mme Yannick Moreau, lorsqu’elle présidait le Comité de Suivi des Retraites.
M. Amiel a choisi de crier au loup, mais en tant que ministre du budget, au nom de la continuité de l’État, il se doit d’honorer les dépenses résultant des engagements de ses lointains prédécesseurs.
Il devrait aussi considérer que le cadeau pas toujours justifié que constitue la prise en charge par l’impôt des cotisations patronales pour un montant de 90 milliards d’euros grève beaucoup plus lourdement le budget de l’État que, par exemple, les pensions des retraités de l’Éducation Nationale, qui eux, ont œuvré au service de l’État.
La politique de M. Amiel et de ses collègues assèche depuis dix ans les comptes publics à coup de cadeaux fiscaux aux plus riches et aux grandes entreprises. C’est cette politique qui porte la responsabilité de la détresse des jeunes, pas les pensions de retraites de leurs grands-parents. Et d’ailleurs, « Nicolas qui paie » a dû sécher les manifs de lycéens. Aucun de leurs mots d’ordre ne stigmatisait les retraités.
N’en déplaise à M. Amiel, les retraités sont solidaires de leurs petits-enfants, et ceux-ci sont assez avisés pour ne pas gober la grossière manœuvre qui voudrait opposer les jeunes aux vieux. La fracture de notre société résulte du creusement aggravé des inégalités sociales qui fait de notre pays un monde où les héritiers fortunés s’affranchissent de toutes les solidarités, pas du conflit des générations !
Claude Lassalvy

